Cinéma Rialto : l’histoire du grand théâtre Art déco de Casablanca
Achevé en 1929, le Rialto raconte une époque où le cinéma, l’architecture et le spectacle ont façonné l’identité moderne de Casablanca.
Par OFFSTAGE NEWS 4 min de lecture
Au cœur de Casablanca, rue Mohammed El Qori, le cinéma Rialto rappelle l’époque où aller au cinéma était l’une des grandes expériences de la vie urbaine. Son histoire relie le développement de la ville à l’essor des grandes salles, à la popularité des spectacles internationaux et à l’ambition architecturale des bâtiments du début du XXe siècle.
Loin d’une salle pensée autour d’un simple écran et de rangées de fauteuils, le Rialto a été conçu comme un grand lieu de spectacle public. Son architecture et sa vaste salle en ont fait un élément marquant du paysage culturel casablancais.
Un monument achevé en 1929
Le cinéma Rialto a été achevé en 1929. Œuvre de l’architecte français Pierre Jabin, le bâtiment est reconnu comme un exemple important de l’architecture Art déco à Casablanca.
Il a été conçu pour accueillir 1 350 spectateurs, dont environ 400 places à la mezzanine. Ces chiffres disent l’ambition du projet : offrir une grande expérience collective tout en affirmant une signature architecturale.
Son emplacement central l’inscrivait dans une ville en plein essor, dont les rues, les immeubles commerciaux et les lieux publics se transformaient rapidement. Le cinéma participait à cette mutation. Les grandes salles offraient un divertissement moderne et permettaient aux habitants de découvrir des films étrangers ainsi que d’autres événements culturels.
Un cinéma et une scène
L’histoire du Rialto ne se limite pas aux projections. La salle a aussi accueilli des concerts et des spectacles, s’inscrivant dans une culture du divertissement plus large.
Joséphine Baker s’y est produite en 1943 devant des soldats américains stationnés au Maroc pendant la Seconde Guerre mondiale. Édith Piaf, Charles Aznavour et Dizzy Gillespie comptent aussi parmi les artistes associés à sa scène. Cette programmation reliait Casablanca à des circuits culturels plus vastes.
Les dimensions de la salle comptaient. Un tel auditorium pouvait transformer une avant-première ou un concert en grand rendez-vous public. L’importance du Rialto tenait autant à ce qui apparaissait à l’écran qu’à sa capacité à réunir les gens dans un même espace.
L’Art déco et la ville moderne
Le Rialto appartient au vaste patrimoine Art déco de Casablanca. Ce style, connu pour ses formes géométriques et ses détails décoratifs, a profondément marqué le paysage de la ville au XXe siècle.
La façade et la mezzanine donnent au cinéma son caractère singulier. Son architecture montre aussi comment un lieu de spectacle pouvait devenir un repère et contribuer à définir les rues qui l’entourent.
Préserver de tels bâtiments est difficile, car leurs usages et leurs exigences techniques évoluent. Un cinéma a besoin d’équipements de projection et de son, de fauteuils confortables et d’un entretien constant. L’enjeu n’est pas seulement de maintenir le bâtiment debout, mais de le garder utile sans effacer ce qui fait sa valeur historique.
Un avenir incertain
La capacité de 1 350 places du Rialto est une donnée historique, qui ne vaut pas forcément pour aujourd’hui : des descriptions plus récentes évoquent environ 1 300 places.
Son avenir dépend aussi d’une longue procédure judiciaire. La société propriétaire du bâtiment est en liquidation, et les ventes aux enchères de ses biens ont été reportées ou contestées depuis 2022. En octobre 2025, la cour d’appel de commerce de Casablanca a annulé les ventes et écarté le liquidateur, renvoyant la procédure à un nouveau liquidateur. L’activité actuelle du cinéma reste difficile à établir.
Au-delà des tribunaux, un cinéma historique a besoin de public, d’une programmation viable et de moyens pour entretenir son bâtiment et ses équipements. Il doit aussi faire face aux multiplexes, au divertissement à domicile et au streaming. Ces pressions font du Rialto un cas important pour comprendre le lien entre patrimoine culturel et économie du spectacle.
Préserver une mémoire collective
Pour Casablanca, le Rialto est bien plus qu’un bâtiment rescapé de 1929. Il incarne une époque où les grandes salles étaient au centre de l’identité culturelle de la ville, et où projections et spectacles rassemblaient le public urbain.
Son histoire offre une leçon plus large pour les cinémas historiques du Maroc. La protection architecturale compte, mais la valeur durable d’un lieu culturel dépend aussi de sa capacité à continuer d’accueillir du monde.
L’histoire du Rialto est donc à la fois passée et présente. Elle rappelle l’ambition des débuts du cinéma à Casablanca et pose la question de la manière dont la ville protégera et fera vivre cet héritage.